EXPOSITION 37ème Salon de l’Académie des Peintres de l’ Abbaye
2 décembre 2001
Livre – Pe aripile basmului
29 septembre 2006

livre d'Ilena LESCAULT

Tarif : 10 €

Livre paru à l’occasion de l’Année du XIème Sommet de la Francophonie, Bucarest / Roumanie, 28 – 29 septembre 2006
Photos : Noël Giamarchi
Maison d’Edition « Casa Editoriala Demiurg », Iasi, 2006

Préface
Regarder par « la fenêtre du temps » représente pour Iléna Lescaut la manifestation d’une aptitude exceptionnelle à observer, tout comme le photographe de l’une de ses nouvelles, ce que les autres gens n’aperçoivent pas.
La diversité des sujets de ce volume vient premièrement de la fréquentation de plusieurs espaces différents les uns des autres. C’est une possible perspective pour une exégèse à venir, car, sans être indifférente au pittoresque et à la couleur locale, l’auteur déclenche instinctivement la quête d’un sens plus ou moins attendu, inscrit dans un message qu’elle s’apprête à nous transmettre et qui lui appartient incontestablement. Elle réalise des « instantanés » où chacun des endroits observés se délimite par un trait qui lui est propre, mais qui se subordonne à une image globale de l’espace en question, que finalement il surenchérit.
La Roumanie où elle a vécu avant 1989 y est présente avec les « réalités » dures du régime communiste (La pancarte), avec ses mythes et ses légendes (La fille aux mains coupées). Le paysage transylvain encourage l’errance des fantômes, souvenir du temps où les Turcs mettaient le pays à feu et à sang (C’était en août 1650…)
La campagne normande (Silence, le vent souffle) est regardée de l’œil d’un peintre impressionniste qui surprend les métamorphoses de l ‘herbe du matin jusqu’au soir, métamorphoses teintées de réflexions philosophiques appropriées. L’humour n’y manque pas. A côté des changements qu’on enregistre à vue d’œil, il y a d’autres que la précaution rend impossible dans le paisible paysage normand : comment formuler le désir de se transformer en oiseau lorsqu’on est en train de caresser un chat ?
La campagne africaine est le berceau des « artistes locaux », créateurs de « formes simples », brancusiennes, réduites à leur essence même (M’Ba, sculpteur de symboles). La liste des cadres ruraux ou citadins où elle place ses personnages peut encore continuer, mais nous laissons au lecteur l’agréable tâche d’en dresser l’inventaire .
Dans ses petites proses, Iléna Lescaut agit en bon connaisseur des milieux présentés, parmi lesquels le monde des artistes occupe une place privilégiée. Elle transperce délicatement les apparences plus ou moins  conventionnelles pour laisser voir des drames personnels ou des désirs inassouvis, sous l’écorce dorée de la célébrité (Diva) ou des parcours sinueux et ambitieux vers la réussite (Gica, fils de gitan).
Animées par des visées exploratrices, ses descriptions sont envoûtantes, incorporant vite le lecteur dans l’atmosphère de l’endroit, que ce soit le frémissement d’une salle avant le début d’un spectacle, l’agitation nerveuse d’un concours sportif ou la désolation tragique des gouttes de pluie en train d’effacer les traces de l’horrible accident qui annihile une possible histoire d’amour.
Dans le même ordre d’idées, les portraits qu’elle retrace sont précis dans le sens voulu par les techniques médiévales, qui attribuent à la sélection des traits des valeurs accessoires qui ne visent pas exclusivement la beauté physique, mais des significations existentielles profondes. La vieillesse riche en souvenirs (Annie) ou bien prête à tout réinventer et apprendre (J’ai 90 ans et je m’appelle… ) lui inspire une immense compréhension et une tendresse infinie, preuve de son intérêt pour tout ce que le parcours inévitablement déclinant d’une vie nous offre de touchant et de dramatique.
Chez Iléna Lescaut, la métaphore de la fenêtre vaut bien celle du miroir stendhalien. Elle observe avec avidité, exprime et s’exprime, traverse les espaces avec désinvolture et remonte aisément dans le temps (La Tour de Jean). Cette aisance lui vient-elle de son nom d’origine dace qui la prédestinait à la permanence et la continuité ? Cette faculté d’enchevêtrer le réel et l’imaginaire en une prose sincère et séduisante, éveille le sentiment du vécu et place le lecteur dans un entretien amical et bienveillant avec l’auteur.
Constantin PAVEL.

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