IN MEMORIAM - Dernière interview d’ALBERT COSSERY, le « Voltaire du Nil », le « dandy rebelle » qui s’est éteint dimanche 22 juin à Paris à l’âge de 94 ans

30 juin 2008

 

 

Rencontre avec Albert Cossery - le 23 avril 2008 à Paris

 
 
IL : Bonjour et merci de nous avoir reçu pour cette grande rencontre humaine et littéraire, culturelle.

J’ai fait connaissance avec vous à travers vos livres et à travers « Une vie dans la journée d’Albert Cossery » - film – documentaire réalisé par Sophie Leys (aux côtés d’Albert Cossery pendant l’interview).

 

Comment et quand est né l’écrivain Albert Cossery ?

 

AC : L’écrivain est né très jeune. A 10 ans je lisais, j’écrivais déjà en français. A 18 ans j’ai écrit mon premier livre « Les hommes oubliés de Dieux ».

 

IL : Pour une certaine tradition d’écrivains français, écrire est une manière d’être, de vivre, une forme d’existence.

 

Albert Cossery, vous inscrivez-vous dans cette tradition ?

 

AC : Oui, bien sûr. J’ai beaucoup lu : Stendhal, Balzac, tous les grands écrivains français !

Mais aussi Dostoïevski et beaucoup d’autres.

 

IL : Je voudrais également citer Stéphane Mallarmé qui disait : « Pour moi, la poésie me tient lieu de l’Amour… » ; c’était sa manière de retrouver la « raison d’être ».

 

J’ai envie de vous demander : Albert Cossery et la poésie ?

 

AC : Très peu, pas vraiment ! Quand j’étais jeune j’ai écrit un recueil de poèmes, comme beaucoup de jeunes qui cherchent, qui essayent au début….

 

IL : Albert Cossery, « un livre peut changer une vie ».

 

Est-ce qu’au 21ème siècle, dans ce monde impitoyable de la mondialisation, de la vitesse, d’une société souvent en manque d’écoute de l’autre, pensez-vous qu’un livre peut encore changer une vie ?

 

AC : Certainement. Les livres ont changé ma propre vie…

 

IL : Dans vos écrits, on vous perçoit comme un homme de grande intuition.

 

Vous avez le don de percevoir en quelque sorte les événements à l’avance tant au niveau social que politique ?

 

AC : après un léger sourire et une courte pause, il m’a répondu : « c’est un hasard…. »

 

IL : Dans vos romans, on entend vos personnages parler, on les écoute avec attention.

 

Combien d’Albert Cossery se trouve dans vos personnages ?

 

AC : Tous mes personnages sont Albert Cossery !

 

IL : Albert Cossery, vous êtes un écrivain ayant choisi le français comme langue d’expression, dans le sens philosophique le plus profond.

 

Vous êtes un « francographe », comme Emil Cioran. L’avez-vous connu ?

 

AC : Non, pas personnellement. Je sais ce qu’il a écrit.

Par contre j’ai connu un autre roumain, Panaït Istrati. Il était aussi photographe. Il prenait beaucoup de photos de rue. Plus tard il s’est mit à écrire…

 

IL : Je reviens quelques instants à Emil Cioran. Il était fils de Pope orthodoxe, mais non croyant, s’interrogeant sur la question métaphysique, sur la nature ultime de l’Être et du Monde.

 

Quelle est votre position par rapport à la question métaphysique ?

 

AC : Je suis syrien orthodoxe et j’ai grandi en Egypte. Je ne me pose pas ce genre de questions. C’est bien une question pour les européens, moi je suis égyptien. La vie est simple. Mes personnages le sont aussi…

 

IL : Vous étiez ami avec Albert Camus qui a développé dans son œuvre un humanisme fondé sur la prise de conscience de l’absurde de la condition humaine, de cette « confrontation entre l’appel humain et le silence déraisonnable du monde ».

 

Quelques pensées là-dessus ?

 

AC : Oui, j’étais AMI avec Albert Camus (Albert Cossery me montre son cœur), mais je ne partageais pas toujours le point de vue idéologique…. (Albert Cossery me montre sa tête)

 

IL : Albert Cossery, voulez-vous nous délivrer quelques clés essentielles de votre univers ?

 

AC : Moi je m’ouvre au Monde, pour moi la vie est simple, juste le naturel, propre au monde arabe. Les européens pensent que le Monde est compliqué. Ils se compliquent la vie.

 

IL : Vos livres ont été traduits en plusieurs langues. Si on devait choisir un premier livre pour le traduire en roumain, ce serait lequel ?

 

AC : Oui, mes livres ont été traduits dans diverses langues, surtout les langues de « pays pauvres », dans lesquels la lecture est une véritable nourriture.

Pour le livre à traduire en roumain en premier, je dirais : « Mendiants et orgueilleux ».

 

IL : Pour conclure, j’ai envie de vous poser une question « en couleurs ». C’est mon côté artiste – peintre…

 

Si vous fermez les yeux et vous pensez à Paris des années ’50, à quelle(s) couleur(s) l’associez-vous ?

 

AC : en fermant les yeux, Albert Cossery m’a répondu : « bleu ! »

 

IL : Pourquoi « bleu » ?

 

AC : Bleu, tout était bleu. Personne n’avait de l’argent…mais, tout le monde s’amusait…vivait !

 

IL : Et si vous pensez à Paris de l’année 2008, vous l’associez à quelle(s) couleur(s) ?

 

AC : A une « mauvaise » couleur. C’est fini, il n’y a plus rien…plus un grand écrivain…ni en France, ni ailleurs. D’ailleurs on le saurait !

 

IL : Le temps nous le dira…

 

AC : Oui…

 

(Propos préparés et recueillis par Iléna Lescaut et Luc Barbulesco à Paris, le 23 avril 2008)

 

2 Films documentaires avec et autour d’Albert Cossery (à découvrir) :

1/ «Je ne peux pas écrire une phrase qui ne contienne pas une dose de rébellion. Sinon elle ne m’intéresse pas. Je suis toujours indigné de tout ce que je vois…» Au début de 1991, l’écrivain égyptien Albert Cossery accepte l’invitation de Pierre-Pascal Rossi pour une rare interview télévisée. L’équipe de l’émission littétaire Hôtel le suit dans les rues du Caire et à Saint-Germain-des-Prés, où il s’est installé en 1945.

Albert Cossery avait choisi de vivre modestement à l’hôtel La Louisiane. «J’ai vécu ma vie minute par minute», confesse-t-il à Pierre-Pascal Rossi dans ce très beau document :

http://mediaplayer.archives.tsr.ch:80/litterature-cossery/3.rm

2/ “Une Vie dans la journée d’Albert Cossery”, film documentaire réalisé en 2005 par Sophie Leys, Production le GREC :

http://sophieleys.com/ (voir rubrique Films, Documentaires)

 

 

 

Biographie d’Albert Cossery

 

Albert Cossery est né le 3 novembre 1913 au Caire. Il vit à Paris depuis 1945.

A 7 ans, Albert Cossery sait déjà qu’il veut devenir écrivain. Ses parents et ses frères l’aident à écrire, tout comme eux rédigent des poèmes. Il fréquente les lycées français du Caire et écrit des poésies dès 1931. À partir de 1938, au Caire, il participe au groupe « Art et liberté » fondé sous l’impulsion de Georges Henein , (un collectif d’inspiration surréaliste s’affichant radicalement contre la condamnation par le régime nazi de l’art moderne). La rencontre de Henry Miller lors d’un voyage aux États-Unis, aidera Cossery à publier son premier ouvrage en 1940, « Les hommes oubliés de Dieu ». Cinq ans après, il s’installe à Paris, dans un petit hôtel parisien de Saint-Germain-des-Prés - où il vit encore. Ses romans ont pour thème son pays, l’Egypte, durant les années 30 et les souvenirs de cette période. Quant à ses personnages, l’auteur affirme « mes personnages, c’est moi ! Ils pensent comme moi, ce sont mes amis ». Certains perçoivent dans ses ouvrages une certaine misogynie, ce à quoi le romancier répond : « ce ne sont que des phrases. Il n’y a que de l’amour dans mes livres ». Auteur émérite et reconnu, Albert Cossery demeure une figure emblématique de la littérature française.

À la question : « Pourquoi écrivez-vous ? », Albert Cossery répond : « Pour que quelqu’un qui vient de me lire n’aille pas travailler le lendemain »…

Deux de ses romans (Les Couleurs de l’infamie et Mendiants et orgueilleux) ont fait l’objet d’une adaptation en bande dessinée sous le pinceau de Golo. Mendiants et orgueilleux à été adapté deux fois au cinéma, ainsi que La Violence et la dérision.

L’œuvre d’Albert Cossery a également inspiré de nombreux autres artistes (écrivains, chansonniers, danseurs et chorégraphes, photographes, metteurs en scènes…), ainsi que des étudiants et chercheurs (8 thèses et mémoires soutenus en France).

 

Le Grand Prix Poncetton est décerné par la Société des Gens de Lettres (SGDL) lors de sa session d’automne. Elle récompense un auteur pour l’ensemble de son oeuvre.
Albert Cossery recevra le 1er décembre 2005 le Grand Prix Poncetton de la SGDL pour l’ensemble de son oeuvre et à l’occasion de la parution de ses ‘Oeuvres complètes ‘ Les deux volumes des oeuvres complètes d’Albert Cossery (Editions Joëlle Losfeld) mettent en lumière le magnifique talent et l’évidente cohérence des textes de cet écrivain. Ce premier volume est composé de « Mendiants et orgueilleux », « Les Hommes oubliés de Dieu », « La Maison de la mort certaine » et « Un complot de saltimbanques ». Le second comprend « Les Fainéants dans la vallée fertile », « La Violence et la dérision », « Une ambition dans le désert » et « Les Couleurs de l’infamie ».

Récompenses

  • 1965 Prix de la Société des Gens de Lettres (SGDL) pour La Violence et la dérision
  • 1990 Grand Prix de la Francophonie pour l’ensemble de son œuvre.
  • 1995 Officier des arts et des lettres, nommé par Jacques Toubon, ministre de la culture et de la francophonie, à l’occasion du Salon du livre de Paris
  • 1995 Grand Prix littéraire d’Antibes - Juan-les-Pins/Jacques Audiberti pour l’ensemble de son œuvre
  • 2000 Prix Méditerranée pour Les Couleurs de l’infamie
  • 2005 Grand Prix Poncetton de la Société des Gens de Lettres (SGDL) pour l’ensemble de son œuvre, à l’occasion de la parution de ses Œuvres complètes

Bibliographie

  • Les Morsures (1931) (poésie)
  • Les Hommes oubliés de Dieu (1941)
  • La Maison de la mort certaine (1944)
  • Les Fainéants dans la vallée fertile (1948)
  • Mendiants et orgueilleux (1955) (adapté en bande dessinée par Golo en 1991)
  • La Violence et la dérision (1964)
  • Un complot de saltimbanques (1975)
  • Une ambition dans le désert (1984)
  • Les Couleurs de l’infamie (1999)
  • Les fainéants dans la vallée fertile (éd. J. Losfeld 2004, comédie en trois actes)

Scénarios cinématographiques, films et documentaires

Points de distribution de la gazette

14 mai 2008

1/ Librairie “Le Tiers Mythe” : 21 rue Cujas, 75005 Paris

2/ Librairie polonaise à Paris : 123 Bvd Saint Germain, 75006 Paris

3/ Antenne de la FIPF (Fédération internationale des professeurs de français) :  9 rue Jean De Beauvais, 75005 Paris

liste en cours !

Informations francophones

18 mars 2008

2ème FESTIVAL INTERNATIONAL DE LA POESIE A PARIS

Le thème du prochain festival sera davantage culturel se centrera sur :

Parcours, identités, diversité des langues et des cultures

Il se déroulera tout septembre 2008 à Paris !

Nous sommes preneurs d’idées, de collaborations, alors venez à nos rencontres pour en parler !

Yvan Tetelbom (Paris/France)
Contact :
yvan.tetelbom@wanadoo.fr
http://monsite.wanadoo.fr/tetelbom/

 

SONGS D’UNE NUIT D’ÉTÉ

La Compagnie l’Eygurande au Théâtre du Coin, Place Victor Hugo, Evry / France

site web et e-mail de la compagnie :
http://www.eygurande.net/
compagnie@eygurande.net
Réservations 00/33/(0)1 69 10 95 45

Récital de Songs de Brecht pour une comédienne qui chante
Conception : Isabella Keiser- Jean-Louis Mercuzot
Mise en scène : Jean-Louis Mercuzot
Avec : Isabella Keiser
Jean-Louis Mercuzot
et
Jean Pellegeay au piano

Isabella Keiser sur scène

« Songs d’une nuit d’été » est un tour de chant constitué d’un choix de chansons puisés dans le répertoire bréchtien.

Une heure de spectacle intimiste où les textes de Brecht se frottent à la musique de Kurt Weill et de Hanns Eisler.

Un voyage qui vous embarque sans détours dans l’univers de Brecht. Un monde peuplé de femmes bafouées, de filles de joie et de truands. Un monde où se côtoient l’amour et la trahison, la vengeance et le sang, l’exploitation et les illusions perdues…

La gravité du propos bréchtien n’empêche ni l’humour ni l’esprit d’une joyeuse contestation.

Chez Brecht chaque chanson est une histoire à part entière. Ces « Songs » évoquent souvent sur le mode de la fable, une histoire, un personnage, un destin.

Malgré leur complexité musicale, c’est cette dimension d’interprétation qui a attiré depuis leur création un grand nombre de comédiennes vers ce répertoire ( Lotte Lenya, Gisela May, Hanna Schygulla…).

« Songs d’une nuit d’été » est une proposition épurée et dépouillée des chansons de Brecht. Il s’agit avant tout de faire entendre les paroles de Bertolt Brecht et de faire sonner la musique de Kurt Weill et de Hanns Eisler. Voix chantées et parlées accompagnées au piano.

Le chant nous interpelle vers l’ailleurs de la misère, du désir et de l’amour. C’est aussi un rappel à l’ordre ou plutôt au désordre quand la poésie nous invite à l’humanité.

L’interprète des chansons étant bilingue allemand-français, nous avons souhaité faire écouter au public francophone les chansons dans leur langue originelle-l’allemand- mais sans jamais le laisser dans l’incompréhension du texte. C’est ainsi que le spectacle se promène d’une langue à l’autre.

Brecht travaillait souvent en étroite collaboration avec ses compositeurs. Les mots claquent et cognent mais peuvent aussi se faire doux comme une caresse. La musique de Kurt Weill, surprenante, parfois dissonante, souvent imprévisible sert à merveille les mots de Brecht. Ou serait-ce l’inverse ? Weill, mise en parole par Brecht ?

Le moteur de la collaboration entre Brecht et Weill était notamment la tentative de renouveler la musique au théâtre.

En voulant élargir le public de l’opéra ils cherchaient à inventer de nouvelles formes de théâtre chanté.

« L’Opéra des quat’sous » et « Mahagonny » ont incontestablement révolutionné le théâtre musical. Leur propos reste universel, leur style inclassable ! Depuis 80 ans (première de l’Opéra de Quat’Sous le 31 août 1928 à Berlin) ni le fond ni la forme n’ont perdu de leur pertinence. Ce qui explique que jusqu’à nos jours de nombreux artistes de styles musicaux très différents ont été attirés par ce répertoire (Theresa Stratas, Cathy Berberian, Nina Simone, The Doors, David Bowie…).

L’exigence d’invention de Brecht et Weill résonne encore de nos jours comme une salutaire insolence.

Liste des chansons :

Die Moritate vom Mackie Messer/ La complainte de Mackie
(extrait de l’Opéra de Quat’ Sous) Weill/Brecht

Alabama Song
(extrait de Mahagonny) Weill/Brecht

Denn wie man sich bettet so liegt man/ Comme on fait son lit on se couche
(extrait de Mahagonny) Weill/Brecht

Das Lied von der harten Nuss/ Le grand citron
(extrait de Happy End) Weill/Brecht

Dans Lied von der Unzulänglichkeit des menschlichen Strebens/L’inanité de l’éffort humain
(extrait de l’Opéra de Quat’ Sous) Weill/Brecht

Das Lied vom Surabaya-Johnny
(extrait de Happy End) Weill/Brecht

Der Barbara-Song
(extrait de l’Opéra de Quat’ Sous) Weill/Brecht

Die Seeräuber-Jenny/ La fiancée du pirate
(extrait de l’Opéra de Quat’ Sous) Weill/Brecht

Der Bilbao-Song
(extrait de Happy End) Weill/Brecht

Youkali
Weill/Fernay

Nanna’s Lied
(extrait de Têtes rondes et têtes pointus) Eisler/Brecht

Das Lied vom kleinen Wind/ La chanson du petit vent
Eisler/Brecht

Das Lied von der Moldau
(extrait de Schweyk dans la Seconde Guerre Mondiale) Eisler/Brecht