Archive pour février 2017

La musicothérapie – article de Frédéric Schwab (artiste lyrique et musicothérapeute)

Vendredi 17 février 2017

La musicothérapie fait partie des thérapies qui utilisent un support artistique comme médiateur telles que : l’art-thérapie à dominante arts-plastiques, la danse-thérapie, la drama-thérapie (théâtre/clown).
Ces thérapies ont l’avantage de s’adapter à tous, d’être actives (mobilisation du corps) et de faire appel à la création et à la culture.
La musicothérapie utilise la musique dans une démarche de soins et est donc prescrite en concertation avec l’équipe soignante (la psychologue, le médecin et les thérapeutes).
La musique est un moyen privilégié d’expression et de communication mais elle n’est pas thérapeutique par elle-même. C’est le rôle du musicothérapeute d’apporter un cadre (même lieu, même horaire, déroulement similaire des séances) et des techniques de musicothérapie.

Le musicothérapeute utilise principalement trois techniques de musicothérapie.

La première technique est la musicothérapie réceptive (en individuel ou en groupe) qui nécessite une ambiance calme dans un cadre bienveillant, retirée de l’agitation de l’institution et propice à l’écoute avec pour objectif thérapeutique l’adaptation, la socialisation, l’expression, la sensibilisation musicale.

La seconde technique est la musicothérapie active basée sur l’expression par la production sonore. Chaque improvisation est guidée par une consigne: une pulsation, un rythme ou un thème mélodique. Cette
dimension créative devient un espace de rencontres où malgré toutes les difficultés de la personne, il se trame une continuité dans son existence psychique, pour elle-même et pour les autres. La relation avec l’environnement reste riche, valorisée, intéressante pour tous dans le temps et l’espace musicothérapeutiques.

La troisième technique est la détente psychomusicale qui est un accompagnement spécifique pour les personnes alitées.
Lors des séances de musicothérapie, la musique facilite, par son extériorité, la focalisation des problématiques individuelles et du groupe et devient le support de projections. Cette thérapie permet une régulation tant émotionnelle que relationnelle nécéssaire dans les cas de dépression, mélancolie, états d’agitation, agressivité, angoisse, liées à l’institutionnalisation, à la perte de repères (Alzheimer).
L’objectif final étant que les acquisitions à l’intérieur des séances (au niveau du comportement par exemple) se manifestent dans la vie quotidienne du résident.

Les bienfaits de la Danse Mouvement Thérapie auprès des personnes atteintes de la maladie d’Alzheimer (et maladies apparentées)

Mercredi 8 février 2017

La maladie d’Alzheimer est une pathologie pour laquelle il n’existe pas de traitement curatif. Elle touche environ 900 000 personnes en France, avec 225 000 nouveaux cas diagnostiqués par an, soit un nouveau cas toutes les 3 minutes. Le fait qu’elle ne soit pas curable, ne veut pas dire qu’on ne peut rien faire. Ces dernières années, on voit se développer en France, en complément du suivi médical, une prise en soins dite non-médicamenteuse, dont fait partie l’Art-Thérapie en général, et la Danse Mouvement Thérapie en particulier.
La Danse Mouvement Thérapie est un accompagnement relationnel thérapeutique qui ne cherche pas à rééduquer ou à maintenir à tout prix des compétences, mais à s’appuyer sur ce qui a du sens pour la personne malade afin de maintenir la relation et le plaisir. Il s’agit de tenter de faire émerger ce sens en tissant un lien interne, entre les différentes impressions sensorielles, les fragments de mémoire, les émotions, les pensées, et un lien externe, avec l’autre et l’environnement. Cette approche ne met pas les participants en échec car elle ne mobilise pas les capacités cognitives de manière directe, mais par le biais de la mémoire sensorielle et émotionnelle, de l’imaginaire et de la création.
L’objectif de la Danse Thérapeute est de mettre en place des ateliers en groupe, de 5 à 6 personnes, qui s’appuient sur la participation active et volontaire de chacun. Dans ces ateliers, nous explorons différentes qualités de mouvements, aussi minimes soient-ils, à partir de consignes et de proposition d’exercices donnés par la danse thérapeute. Chaque personne va s’approprier la consigne selon sa sensibilité, son vécu, ses capacités toniques, sa mobilité, sa créativité.
Nous commençons et terminons les séances par un rituel de présentation et un rituel de départ, qui posent le cadre. Ainsi, chacun peut prendre sa place dans le groupe et le quitter en douceur afin de réintégrer le quotidien.
L’échauffement que nous proposons permet d’entrer progressivement dans le mouvement par un processus d’éveil des sensations et de prise de conscience du corps. Les participants s’appuient d’abord sur ce qu’ils voient, procédant par imitation. Au fil de l’exercice, nous restons attentifs afin de rebondir sur toute proposition de geste de chacun, invitant tous les participants à les reprendre en chœur. Les ressources individuelles de chacun viennent ainsi alimenter le groupe.
Dans le corps de la séance, nous développons des moments d’improvisations, à partir de consignes qui apportent un cadre à l’intérieur duquel chacun s’exprime librement. Nous utilisons différents supports, chant, rythme, danse, et différents objets médiateurs, foulards, balles, instruments de musique, photos, ce qui aide à stimuler l’imaginaire et à soutenir l’attention. Chaque participant va interpréter la consigne en fonction de son état psychocorporel, et ses initiatives vont être valorisées pour qu’il se sente conforté dans son identité et son histoire. Ensuite nous partageons une danse collective.
Nous terminons enfin par un moment de remémoration de l’atelier où chacun est invité à participer, et à donner ses impressions.
La musique accompagne nos séances, elle stimule l’énergie et nourrit l’imaginaire. Nous adaptons notre communication verbale ou non-verbale aux participants, toujours dans un esprit de bienveillance. En outre, nous insistons sur l’importance d’être à l’écoute de soi et chaque personne est libre de poser ses propres limites en fonction de son état du moment et de ses capacités.
La Danse Thérapeute propose également des séances individuelles, destinées aux personnes les plus atteintes par la maladie. Ces séances peuvent parfois les préparer à une entrée en groupe. Nous privilégions une prise de contact par le toucher, par des massages contenants et des percussions corporelles qui permettent de définir les limites du corps, de réincarner une enveloppe souvent désensibilisée par la maladie et l’inaction. Nous insistons sur la respiration et la détente. Ensuite, nous adaptons nos propositions selon les réponses de la personne à nos sollicitations. Nous pouvons proposer des mouvements en « accordage », une chanson connue… Une ritournelle nous ramène à notre histoire, elle stimule la mémoire et rallume parfois une étincelle dans le regard.
Il va de soi que la Danse Mouvement Thérapie ne guérit pas l’Alzheimer, mais ses bienfaits auprès des personnes atteintes peuvent être multiples : continuer à mobiliser le plus longtemps possible les capacités préservées des personnes malades, améliorer leur auto-estime, leur qualité de vie, faciliter la communication avec leur entourage, préserver une certaine autonomie. En ne se plaçant pas dans le champ du déficit mais dans celui de l’expression et de la création, la Danse Mouvement Thérapie donne à tout participant, quel que soit son âge, ses faiblesses ou son handicap, la possibilité d’être reconnu au sein d’un groupe.
Nous avons sans aucun doute constaté que pendant le temps de nos ateliers certains troubles du comportement s’amenuisent, voire disparaissent, l’anxiété et les tensions diminuent. Sur le long terme, une certaine complicité se tisse entre les participants et l’intervenant, ce qui fait que l’implication des personnes, leur envie d’échanger avec le groupe gagne en importance. Nous avons pu parfois instaurer un dialogue (verbal ou non) assez riche avec des personnes qui nous ont paru au premier abord renfermées et mutiques dans l’enceinte de l’institution.
Exemple de deux cas :
Madame P. : Madame P. a des idées obsessives de persécution. Il est arrivé plusieurs fois que quand je vais la chercher pour participer à un atelier, elle est très tendue et expose en boucle un problème qu’elle a rencontré avec une personne, en pleurant et se plaignant. Pendant que l’atelier se prépare, je prends un temps pour la rassurer, lui dire que le fait de participer va lui « changer les idées ». Dès que nous commençons le rituel de présentation, elle semble oublier son problème et prend plaisir à se nommer, comme si elle entrait dans un autre « espace-temps ». Au cours de l’atelier, elle est généralement très participative et il arrive qu’elle stimule d’autres personnes avec moins de mobilité qu’elle, leur prenant la main pour danser. Quand elle quitte l’atelier, elle est souriante, et remercie pour le moment passé. Elle semble avoir oublié son problème.
Monsieur C. : Quand je passe dans la salle commune pour aller faire mon atelier, Monsieur C est généralement assis seul à une table, et il émet des sons qui semblent des plaintes. Pendant longtemps je pense qu’il ne peut pas parler, jusqu’à ce que l’on me propose de l’intégrer au groupe. Je suis alors très agréablement surprise de sa participation. Ce Monsieur continue à émettre des sons en début de séance, mais il se nomme sans problème au moment de la présentation. Puis, pendant tout l’atelier, il fait preuve de beaucoup d’humour, d’énergie, et n’a pas de grandes difficultés à s’exprimer et communiquer. Il paraît prendre plaisir à être là. Pour la première séance où il participe, j’utilise des instruments de musique. Je lui remets d’abord un « ganza », un instrument que l’on secoue normalement, mais il se met à taper dessus avec les doigts. Je lui donne alors un petit tambour qu’il commence à frapper à l’aide du maillet, et ce, en mesure et avec beaucoup d’énergie, comme si c’était une manière pour lui d’affirmer sa présence au sein du groupe. Pendant la séance suivante, il demande le tambour et joue également avec beaucoup de plaisir. Quand il joue de l’instrument, il ne geint plus du tout.

Christine BOISARD LEROUX – danse thérapeute

Une pensée de Goethe

Samedi 4 février 2017