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La Francopolyphonie Chisinau 2008 résumé IL

Lundi 7 avril 2008

La Francopolyphonie – Les valeurs de la francophonie

Résumé du colloque international de Chisinau

(21 et 22 mars 2008)

 

L’association « Fenêtres Francophones » a participé les 21 et 22 mars 2008 au troisième colloque international consacré au thème des valeurs de la Francophonie, plus généralement des langues et des valeurs, organisé par l’Institut de Recherches philologiques et inter – culturelles de l’Université Libre Internationale de Moldova (ULIM), Chisinau.

 

Comme l’exprime très bien l’avant-propos rédigé par le comité d’organisation du colloque :

 

« Dans ce monde marqué par le développement de la mobilité et où dominent les mécanismes de la concurrence, les argumentations de nature économique sont devenues prioritaires. Ceci vaut pour le marché des langues comme pour tous les autres domaines. C’est ainsi que l’expansion des langues internationales, et en premier lieu de l’anglais, a des liens directs avec le processus de mondialisation, dont elle est à la fois une conséquence et une cause. »

 

Mais n’oublions pas que « les valeurs jouent un rôle déterminant sur le marché linguistique. »

 

Dans ce sens, « la francophonie a entrepris depuis les années 90 un important travail de structuration et de développement qui l’a conduite à clarifier son fonctionnement mais aussi ses objectifs généraux. On peut donc à l’heure actuelle parler de valeurs francophones, au premier rang desquelles se situent la défense et la promotion des diversités linguistiques et culturelles. »

Mais qu’est-ce qu’une valeur ?

Monsieur Philippe Hamon, professeur émérite à l’Université Paris III Sorbonne Nouvelle, a présenté une vision très intéressante : la valeur comme étant une positivité ou une négativité ; la valeur qui « n’est pas une marque isolée et éternelle mais qui doit être pensée comme système de valeurs, avec ses pôles, ses hiérarchies, ses degrés, ses procédures d’adaptation et de réajustement qui l’inscrivent dans l’Histoire et dans l’ensemble des relations qui la définissent. »

C’est ainsi qu’une positivité se pense en corrélation avec son contraire, son contradictoire, avec une négativité.

La valeur fait partie du sémantisme d’un texte ou d’un discours, de sa plus ou moins grande lisibilité ou acceptabilité.

Le problème de la valeur est indissociable du problème de la croyance (et pas seulement dans son sens religieux). Il faut croire à quelque chose, à ce quelque chose avec d’autres, en quelqu’un, à des valeurs dont on peut dire qu’elles sont valables.

La valeur est invisible, elle est culturelle donc d’interprétations différentes. La valeur est liée au temps, aux différentes modes, à l’éphémère. La francophonie se situe entre l’éphémère et l’éternel.

Je voudrais rappeler les mots de BOUTROS-GHALI, Secrétaire général (égyptien) des Nations Unies qui disait dans une interview du journal Le Monde du 2 décembre 1995 :

« La Francophonie est née d’un désir ressenti hors de France ».

Dans ce sens, la question de Monsieur Hamon, posée à la fin de son intervention, mérite toute réflexion : la francophonie avec ou sans la France ?…

 

Un autre point de vue moult intéressant sur la question de la francophonie, a été présenté par Monsieur Jean –Claude GEMAR, professeur émérite à l’Université de Montréal, Canada.

La francophonie est culturelle, humaine, universitaire, géographique.

La langue française passe en permanence au-delà des frontières géographiques et des espaces culturels par le biais de la traduction. La francophonie existe aussi grâce aux traducteurs et à leurs traductions. Les grands poètes, écrivains, penseurs de temps et espaces différents, sont ainsi traduits en langue française.

Pour citer Octavio Paz, « les langues sont des dépassements de ce que l’on peut définir comme étant des nations. »

Le traducteur est un médiateur interculturel qui provoque le choc des rencontres entre différentes cultures.

Le traducteur devient une permanente incitation au dialogue, à la diversification du dialogue étymologique.

Le travail du traducteur est très difficile car il se doit de garder une certaine distance par rapport aux textes, en évitant ainsi des interprétations personnelles tout en traduisant en fonction de la compréhension culturelle complexe et propre à chaque espace.

 

Montesquieu disait : « me donner à autrui sans m’ôter à moi-même ».

C’est de la même manière qu’une traduction doit se donner à autrui sans s’ôter à soi-même, à sa graine idéologique de départ.

 

Je voudrais citer et remercier tous les intervenants qui ont contribué à la réussite de cette grande rencontre francophone de Chisinau à travers leurs exposés de haute qualité et tenue scientifique.

La liste est très longue.

Pour avoir un aperçu complet du colloque, il est nécessaire de rappeler la publication des deux volumes du livre « La Francopolyphonie – Les valeurs de la francophonie, 21 et 22 mars 2008 » qui rassemblent la liste des intervenants ainsi que toutes les communications scientifiques.

 

Dans ce sens, je félicite Madame Elena PRUS et Monsieur Pierre MOREL, directeur et vice-directeur de l’Institut de Recherches philologiques et inter – culturelles de l’ULIM, dont l’effort a été considérable dans l’organisation, le regroupement des communications, en culminant par leur publication.

L’aide et le soutien de Monsieur Andrei GALBEN (recteur de l’ULIM) et de Madame Ana GUTU (vice-recteur de l’ULIM) leur ont été indispensables.

 

Un grand MERCI à l’ensemble du collège de rédaction : Jean-Claude Gémar, Philippe Hamon, Mihai Cimpoi, Ion Manoli, Mircea Mihalevschi, Paul Miclau, Sanda-Maria Ardeleanu, Dumitru Chioaru, Angelica Vâlcu, Ion Plamadeala, Elena Dragan, Timotei Rosca, Anatol Burlacu, Elena Prus, Pierre Morel, Dragos Vicol, Valentin Dorogan, dont le travail mérite toutes les félicitations.

 

De nombreux intellectuels étaient donc présents.

Je voudrais également rappeler la présence de l’Académicien et Président de l’Union des Ecrivains de Moldova, Monsieur Mihai CIMPOI et de l’écrivain, historien, ethnologue Monsieur Valeriu MATEI.

 

Pour le mot de la fin, je rends hommage à la soirée – concert, dédiée à la francophonie et organisée par le Ministère des Affaires Etrangères et de l’Intégration Européenne de la République de Moldova en collaboration avec l’Organisation Internationale de la Francophonie, le Ministère de la Culture et du Tourisme de la République de Moldova et l’Orchestre philharmonique « S. Lunchevici » dont le talent d’interprétation a bercé jusqu’à l’émotion tous les invités :

 

au programme, les œuvres musicales de C. Saint-Saens, T. Dubois, P. Ceaikovski, G. Verdi, Ch. Gounod, sous la baguette de Vladimir ANDRIES ; au piano, pour le « Carnaval des Animaux », le duo des maîtres : Anatolie LAPICUS et Iurie MAHOVICI ; au violon, pour le « Rondo Capricioso » de C. Saint-Saens, l’étudiante à l’Académie de Musique : Anastasia VÂRLAN ; pour le « Boléro d’Hélène » (extrait de l’opéra « Les Vêpres siciliennes » de G. Verdi) et pour l’aire de Margueritte (extrait de l’opéra « Faust » de Ch. Gounod), la voix d’Elena DEMIRGEAN.

 

Je laisse à présent la place aux images, aux photos de Noël Giamarchi, pour qui, comme pour Henri Cartier Bresson : « photographier c’est mettre sur la même ligne de mire la tête, l’œil et le cœur »…

Iléna Lescaut

(Paris,30 mars 2008)